Edition 41 / mars 2015

Les systèmes d’impression hybrides – Un bilan d’étape

Chez les imprimeurs d’étiquettes adhésives, l’impression numérique est le segment qui connaît la plus forte progression d’après la société de conseil aux entreprises IT-Strategies (www.it-strategies.com).

Avec seulement 3 % du volume total imprimé en 2013, les étiquettes réalisées par procédé numérique restent un marché de niche. Mais c’est un marché en forte croissance (environ 15-20% par an) qui offre dès aujourd’hui des marges extrêmement intéressantes puisqu’il représente, en valeur, 9 % de la production totale. IT-Strategies estime que l’impression numérique est surtout appelée à compléter la flexographie et qu’à moyen terme quelque 10 % des commandes flexo actuelles seront produites en numérique. Si un imprimeur d’étiquettes veut offrir à ses clients un éventail d’applications complet sur tout le cycle de vie de l’étiquette, il devra envisager de proposer aussi des solutions numériques pour les petits tirages ou les données variables (codes à barres, codes QR, numéros de série, etc.).

Moins de 15 % des imprimeurs d’étiquettes à travers le monde disposent d’un système d’impression numérique et beaucoup d’imprimeurs se demandent dans quel système numérique investir. La question se pose d’autant plus que ce marché manque de lisibilité : à Labelexpo en 2013, une trentaine d’exposants présentaient plus de 55 nouveaux systèmes d’impression.


Nos lecteurs n’ignorent pas les avantages et les inconvénients des différents procédés d’impression et de façonnage conventionnels. Nous n’évoquerons donc ici brièvement que trois aspects qui serviront de base à notre réflexion sur les systèmes d’impression numériques.

Actuellement, par rapport aux procédés conventionnels, les principaux avantages des systèmes d’impression numériques sont les suivants :

• Des temps d’exécution plus courts pour les petits tirages (entre 200 et 1500 ml)
• Des frais d’outillage plus bas, une réduction de la gâche papier et des temps de calage
• La diminution des stocks et des frais de gestion des stocks (cf. outils et produits)
• Des applications nouvelles (par exemple les données variables pour la traçabilité ou la gestion de versions)
• Un raccourcissement des durées de préparation et d’exécution des commandes. En soi, ce sont des avantages appréciables pour l’acheteur d’étiquettes qui sera enclin à accepter des prix plus élevés
• Une amélioration des marges moyennes par commande ; le gain de flexibilité bénéficie aussi aux acheteurs d’étiquettes (stocks réduits, pas de vieux stocks à détruire, moins de frais liés à la qualité et à la sécurité, marketing événementiel, etc.)


Mais par rapport aux procédés d’impression conventionnels, les systèmes numériques s’accompagnent de restrictions importantes en termes :

• De qualité d’impression – résolution physique, taille du point et espace colorimétrique, d’où des limites pour les dégradés jusqu’à zéro et les très petites écritures, pour les symboles (moins de 4 pt) et les traits fins.
• De respect du repérage – celui-ci est problématique car on veut couvrir le plus grand espace de couleur Pantone possible avec les couleurs process CMJN disponibles et les couleurs orange, violet et vert qui élargissent l’espace colorimétrique.
• De vitesse de production (si possible indépendante de la résolution ou de l’espace colorimétrique)
• De disponibilité – le système nécessite beaucoup d’entretien, des cycles supplémentaires de calibrage et de lavage souvent automatisés, et sa stabilité est médiocre
• De diversité des substrats (p. ex. manchons rétractables, étiquettes dans le moule, papier avec une surface structurée)
• D’encres et de propriétés du toner (adhésion et abrasion, basse migration, solidité à la lumière, etc.)
• Actuellement, il n’existe que peu de solutions en ligne intégrées qui permettent d’obtenir l’étiquette finie en un seul passage à partir du substrat.


Les conditions suivantes sont importantes pour utiliser rentablement les systèmes numériques car un système d’impression numérique n’est pas une banale machine d’impression :

• L’imprimerie doit absolument disposer d’un savoir-faire en prépresse, faute de quoi elle ne pourra pas garantir la qualité de l’impression (calibrage des substrats, gestion des couleurs, optimisation des données de prépresse pour le procédé numérique choisi) et la flexibilité indispensable pour les changements de dernière minute.
• Une organisation rationnelle pour pouvoir acquérir, préparer, produire et livrer la multitude de petits tirages (200-1500 m) dont l’imprimerie aura esoin en plus.
• L’ouverture sur de nouveaux modèles économiques – boutique en ligne, livraison directement sur la chaîne d’embouteillage, prestations logistiques supplémentaires proposées à l’acheteur d’étiquettes, etc.
• Une solidité financière pour pouvoir, avec l’aide du fournisseur, aborder et surmonter les difficultés de départ et les courbes d’apprentissage nécessaires du fait de la nouveauté technologique.


Jusqu’à présent, la plupart des fournisseurs de systèmes numériques n’ont pas suffisamment pris en compte l’accompagnement de l’utilisateur qui se lance dans le numérique.


Pour quel système d’impression opter ? L’imprimeur d’étiquettes a l’embarras du choix et plusieurs options s’offrent à lui :

• Un système d’impression numérique avec une solution de façonnage hors ligne
• La combinaison d’une machine d’impression conventionnelle et d’un système de repiquage numérique (hors ligne) ;
• Un système d’impression numérique et l’utilisation d’une machine conventionnelle en ligne existante pour le façonnage ;
• Une machine d’impression conventionnelle avec une unité d’impression numérique intégrée, une configuration actuellement désignée par le terme de « système d’impression hybride ».


La notion de système d’impression hybride n’a pas encore de définition bien arrêtée mais elle est employée pour décrire l’utilisation mixte, dans un même système d’impression, de procédés de production numériques et analogiques.


Dans le vocabulaire technique, la notion d’hybride désigne un système composé d’éléments qui, pris individuellement, constituent déjà en soi une solution. L’assemblage de ces éléments doit ou peut engendrer les nouvelles propriétés recherchées. Autrement dit, pour remplir une même fonction, un système hybride fait appel à des solutions doubles ou multiples qui possèdent chacune une structure interne différente.

• Les premiers véhicules hybrides étaient sans doute les bateaux à vapeur équipés de voiles (charbon ou bois pour la roue à aubes ; hélice et vent pour les voiles).
• Une voiture électrique hybride est un véhicule qui utilise deux sources d‘énergie et deux systèmes d’entraînement redondants dont l’un agit sur un moteur électrique.
Les voitures hybrides vendues en Europe possèdent généralement un moteur à essence et un moteur électrique.


Conclusion : un système hybride se caractérise par le cumul de plusieurs procédés différents qui remplissent le même but et permettent d’utiliser le procédé le mieux approprié à un moment donné. Ce cumul se traduit forcément par des interfaces complexes et nécessite des optimisations délicates. Dans bien des cas, il demande aussi des compromis entre les utilisations primaires de ses composantes.

L’auteur :

Martin Leonhard (51 ans) est responsable du développement de l’activité numérique du groupe Gallus. Il habite avec sa famille près de Saint-Gall. Il occupe le poste de Business Development Manager Digital chez Gallus depuis 2007. Auparavant, il avait travaillé huit ans chez Heidelberg, ce qui facilite aujourd’hui la coordination des activités liées au lancement commercial de la Gallus DCS 340, un projet de développement commun.


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